L’art est partout. La nature nous le rappelle chaque jour : il suffit de regarder. Le paysage s’affranchit des règles élémentaires de la composition, quoique…
La nature nous ramène à l’eau. L’eau, c’est la vie. L’eau, c’est l’aquarelle. Elle n’en fait qu’à sa tête et nous fait tourner en bourrique. Elle coule, trace son chemin, serpente, transporte, déforme, s’infiltre, s’évapore jusqu’à disparaître.
Peindre à l’aquarelle, c’est composer avec elle, se laisser guider et lui faire confiance. Essayez de la dominer, et elle vous ramènera à plus d’humilité. Préserver cette fraîcheur de l’instant créatif, laisser entendre que l’œuvre vient d’être faite et que l’eau est toujours là, sous-jacente, prête à ressurgir : voilà le défi de l’aquarelliste.
Je suis peintre autodidacte. Mon travail se situe entre figuration et abstraction. À l’aquarelle comme à l’acrylique, je me laisse emporter par cette eau chargée de pigments, avec toujours la même obsession : susciter l’émotion.
À travers mes peintures, j’invite le spectateur à participer à l’acte créatif. Je suggère ; son imaginaire fait le reste, ou pas…
Sortir des sentiers battus, s’affranchir des règles établies autant que faire se peut, être parfois un brin anticonformiste : voilà ma démarche picturale. Désapprendre, se mettre en danger, sortir de son confort sont des passages obligés pour libérer l’acte créatif.
« Ma peinture est un espace de questionnement et de méditation où les sens qu’on lui prête peuvent venir se faire et se défaire. Parce qu’au bout du compte l’œuvre vit du regard qu’on lui porte. Elle ne se limite ni à ce qu’elle est, ni à celui qui la produit, elle est faite aussi de celui qui la regarde.
Je ne demande rien au spectateur, je lui propose une peinture : il en est le libre et nécessaire interprète. »
Pierre Soulages, propos recueillis par Françoise Jaunin, 2012.
